19 février
EN passant une couche de Liquin comme vernis, je n'ai pas pu m'empêcher de faire quelques retouches sur les cheveux et les zones trop éclairées à mon goût.
Comme j'ai travaillé sur la toile à l'envers, vous aurez une autre vision du tableau :

12 février
Voici quelques éléments d'interprétation du tableau, conceptuels, poétiques et symboliques ou prosaïques et réalistes.
Il n'est pas sûr qu'il s'agisse de ce qui est réellement représenté et il existe d'autres signes qui pourraient être des indications.
Mais chacun y verra ce qu'il veut en fonction de ce qu'il ressent.
Et c'est la seule vérité qui soit
Ophélia flotte entre deux mondes, posée sur le fond ténébreux de la vase et de la mort mais une partie de son corps, dont son visage, ses seins et sa hanche, éléments où se concentre sa féminité, émerge encore à la surface et la tire vers la vie.
Elle est à la fois dans l'eau entourée de fleurs qui rappellent sa jeunesse et sa beauté désormais oubliées et dans un espace constellé d'étoiles montrant bien qu'elle appartient désormais à l'infini.
En même temps, sa chevelure qui a gardé l'éclat du soleil ondule vers la lune, symbole de féminité mais aussi de froid et de mort.
Le personnage du tableau représente aussi un cadavre. Comme elle vient de mourir, son corps n'est pas encore entré dans sa phase de décomposition gazeuse et sa densité reste proche de celle de l'eau ; pas encore de gonflement mais la peau est déjà cyanosée, la vie l'a quittée.
Les poumons se situant dans la partie thoracique, celle-ci a donc une masse volumique inférieure et flotte, maintenant aussi le visage en surface, tandis que la partie inférieure, bassin, hanches et jambes, faite de chair et d'os, coule et prend appui sur le fond du bassin.
12 février
Comme prévu, j'ai dû repasser une couche de blanc sur les pétales de fleurs. J'en ai profité pour booster aussi le jaune du cœur et la carnation du visage.




11 février
Après recherche et essai numérique sur des lotus avec une fleur magnifique, j'ai abandonné cette option.
L'éclat de la fleur de lotus déplaçait le centre d'intérêt du tableau et les feuilles sont beaucoup trop grosses.
Finalement, j'ai trouvé une solution plus en accord avec le texte de Shakespeare : des bouquets de fleurs locales, des marguerites.
Il a même fallu que je sorte un tube de vert anglais que j'ai dégradé avec du bleu de Prusse et du noir d'ivoire.
Pour les pétales, du blanc de titane-zinc convient parfaitement même s'il va m'obliger à renforcer certaines zones demain avec une couche supplémentaires.
Pour le coeur de la fleur, du jaune Lefranc m'a semblé adapté, le fond bleu donnant un vert sur les zones fines.
Encore une fois, la photo est incapable de rendre l'effet de profondeur de l'eau et la différence de température entre les différents sujets.

8 février
Aujourd'hui, travail aquatique, j'ai renforcé les lumières sur l'eau, placé les zones où vont venir les végétaux flottants, améliorer les reflets et surtout traité les parties du sujet immergées.
Je n'ai utilisé que du bleu de Prusse, du bleu céruléen, du blanc titane-zinc et du noir d'ivoire.
Je n'ai toujours pas décidé pour la ou les fleurs...

5 février
Ça commence à ressembler à quelque chose !
J'ai passé une couche supplémentaire sur le sujet, cette fois avec un mélange de terre d'ombre et de noir de pêche pour les ombres et avec de la terre d Sienne naturelle éclaircie avec du blanc titane-zinc. Alors que le blanc de titane devient "plâtreux" en séchant, le blanc titane-zinc reste assez transparent et donne un côté diaphane aux glacis. C'est tout à fait ce dont j'ai besoin pour cette peau de porcelaine.
Les cheveux prennent forme et c'est assez plaisant de trouver des courbes et des fondus pour exprimer les courants.
En ajoutant de la lumière avec du bleu céruléen dans la partie gauche et un peu en haut à droite, je n'ai pas pu résister à l'envie de rajouter des reflets pour créer la surface de l'eau. Il faudra prolonger sur le sujet et ajouter les "corps flottants" ; je n'ai toujours pas décidé de ce que j'y ferai...
Sur la photo, la bleu très présent écrase la carnation et je n'ai pas pu tout récupérer avec Photoshop.

4 février
Aujourd'hui, je me suis "limité" à donner de l'épaisseur aux chairs. J'ai utilisé de la terre d'Ombre naturelle, que j'ai dégradée avec du blanc de titane, du gris de Payne et du noir de pêche.
L'extrémité des mains et la presque totalité des pieds doivent être fondu avec "le fond" de l'eau. Je les laisse donc comme des taches de couleur et je ne m’enquiquine pas avec les contours précis.
J'ai aussi repris les ombres projetées sinon, je ne verrais plus leurs bords bientôt.
Pour les cheveux, j'ai laissé une tache très claire puisque là seront les reflets sur les cheveux hors de l'eau.

3 février
Voilà bien longtemps que je n'avais pas pris mes pinceaux après la tombée du jour !
C'est donc avec la lampe de chevalet que j'ai commencé la colorisation de la scène.
Première remarque, c'était vraiment sale : il faut absolument que je démarre la première couche avec un fond plus proche de la valeur moyenne du tableau. L'ajout d'une couche d'ombre pose toujours problème si elle est vraiment beaucoup plus sombre que la couche inférieure. J'ai voulu éviter la couche grise mais c'est une erreur : couche grise uniforme, quitte à en passer deux ou trois couches et poncer.
En même temps, il n'y a pas péril puisque je peux multiplier les couches de couleur. L'effet 3D sera atténué mais comme il faudra que je finisse par une couche aquatique, éventuellement avec feuilles et fleurs, les glacis vont être multipliés.
Pour l'instant j'ai bien avancé dans la mesure où le décor est planté et qu'il ne me reste plus qu'à préciser le sujet, accessoiriser la scène avec ce qui flotte à la surface et ce qui ondule entre deux eaux, et placer les ondes et les reflets. C'est presque fini, à deux ou trois semaines près 

1er février
Mauvaise séance : j'avais peu de temps et j'ai voulu aller vite ; résultat, j'ai dû prendre beaucoup de temps pour limiter la casse due à mon énervement.
L'essentiel est préservé et j'ai pu définir les valeurs au niveau souhaité.
Reste que le résultat est très sale et qu'il va falloir que je m'emploie avec pas mal de couche pour couvrir tout ça.
J'ai beaucoup de mal à peindre des contours aussi flous mais c'est une des obligations du sujet.

On dirait un dessin à l'encre !
29 janvier
Je viens de faire la première couche avec un "jus" de gris de Payne, noir d'ivoire et blanc titane-zinc.
Je n'ai pas fait de fond coloré à l'acrylique comme pour les toiles précédentes, l'acrylique garde trop les traces de pinceaux en relief.
J'ai attaqué directement, après les trois couches de gesso poncées.

28 janvier
Nouveau projet déjà largement traité et pas par les premiers venus : Milais, Waterhouse, Cabanel et une multitude d'artistes photographes contemporains.
Je n'ai pas encore commencé l'esquisse sur la toile mais la composition est quasiment finie.
Il me reste encore quelques détails pour "les voiles" flottant car n'ayant pas voulu noyer mon modèle, je suis parti de deux photos, toutes les deux réalisées par moi-même, l'une du modèle nu couché, l'autre d'un bassin où se reflète le soleil - mais ce sera probablement la Lune (pour l'anecdote, il s'agit d'une photo prise au château de Courances).
Pour l'occasion, je citerai Rimbaud :
Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
- On entend dans les bois lointains des hallalis.
Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir
Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.
Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile :
- Un chant mystérieux tombe des astres d'or
II
O pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
C'est que les vents tombant des grand monts de Norwège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté ;
C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
À ton esprit rêveur portait d'étranges bruits,
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;
C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !
Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
- Et l'Infini terrible éffara ton oeil bleu !
III
- Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.